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Brancher sa guitare sur PC pour s'enregistrer sans latence

Brancher sa guitare sur PC pour s'enregistrer sans latence

Fin novembre, j'ai cru que j'allais jeter mon médiator par la fenêtre. J'avais enfin réussi à mémoriser les quatre premières notes de Seven Nation Army — un exploit personnel, je vous assure — et je voulais juste m'écouter sur mon ordinateur pour voir si ça ressemblait à quelque chose. Mais à chaque coup sur la corde de Mi, le son sortait de mes enceintes avec un temps de retard insupportable. Comme si mon propre PC se moquait de mon manque de rythme en rajoutant une seconde de réflexion avant de daigner produire une note.

Le bricolage du débutant et la prise rose

Au tout début, j'ai fait ce que n'importe quel type de trente ans qui n'y connaît rien aurait fait : j'ai acheté un adaptateur à deux euros pour brancher mon gros câble jack de guitare directement dans la petite prise micro rose à l'arrière de l'unité centrale. Je me revois encore, à quatre pattes sous le bureau, le nez dans l'odeur de poussière chaude qui se dégage de l'unité centrale alors que je m'escrime à brancher un jack derrière le bureau tard le soir. C'était l'aventure, la vraie.

Le résultat ? Un désastre. Non seulement il y avait ce décalage — ce qu'on appelle la latence — mais le son était noyé dans un souffle permanent, une sorte de friture numérique qui rendait mon accord de Sol méconnaissable. C'est là que j'ai compris que ma carte son de base, celle qui sert à écouter des vidéos de chats ou à faire des réunions Zoom, n'était tout simplement pas faite pour traiter le signal d'un instrument de musique en temps réel.

Main branchant un câble jack de guitare dans une interface audio externe

Comprendre la latence sans devenir ingénieur

Réglage du buffer à 128 samples sur un logiciel d'enregistrement audio

Pendant les vacances de Noël, j'ai pris le temps de lire quelques forums pour comprendre pourquoi mon ordinateur mettait autant de temps à réagir. J'ai découvert que Windows, par défaut, fait faire tout un détour au signal audio. Le son de ma guitare entrait, passait par trois ou quatre couches de logiciels Windows, avant d'être enfin traité. C'est ce trajet qui crée le décalage.

On m'a parlé de la norme ASIO. C'est un type de pilote informatique qui permet au son de 'sauter' les étapes inutiles de Windows pour aller directement au logiciel d'enregistrement. En gros, c'est comme prendre l'autoroute au lieu de traverser tous les petits villages. C'est aussi à ce moment-là que j'ai appris que pour avoir une qualité correcte, on travaille souvent avec une fréquence d'échantillonnage de 44100 Hz. C'est la norme standard, la base pour que le son soit fidèle à ce qu'on joue sans peser trois tonnes sur le disque dur.

C'est d'ailleurs en cherchant à améliorer mon jeu que j'ai réalisé que la technique ne faisait pas tout. Travailler son sens du rythme à la guitare avec des boucles simples m'a beaucoup aidé à réaliser que mon décalage n'était pas seulement technique, même si la machine n'aidait pas.

Le passage à l'interface dédiée

L'arrière d'une unité centrale de PC avec ses prises audio colorées

Au début du printemps, j'ai fini par craquer pour une petite interface audio USB. C'est un boîtier externe qui remplace la carte son du PC. L'installation a été mon premier vrai contact avec le monde 'technique'. Une fois le boîtier branché, j'ai dû ouvrir le panneau de configuration du pilote pour régler ce qu'ils appellent le 'buffer'.

Le buffer, c'est comme une petite salle d'attente pour les données audio. Si la salle est trop grande, le processeur est tranquille mais le son met du temps à sortir (latence). Si elle est trop petite, le son sort instantanément mais le processeur panique. J'ai commencé à 512 samples. C'était mieux, mais je sentais encore un petit quelque chose, une sorte de mollesse sous les doigts.

La quête des 128 samples

Débutant à la guitare s'enregistrant sur son ordinateur avec un casque

Le moment de vérité est arrivé quand j'ai voulu descendre plus bas. On dit souvent que le seuil de perception de la latence se situe autour de 10 ms. Au-delà, notre cerveau sent que quelque chose cloche. En réglant mon interface sur 128 samples, j'arrivais enfin dans cette zone de confort où le coup de médiator et le son dans le casque semblent fusionner.

Mais attention, j'ai vite appris que mon vieux PC avait ses limites. Un soir, j'ai voulu pousser le bouchon trop loin en baissant encore le réglage. J'ai alors découvert le son de 'robot écrasé' qui sort des enceintes quand je baisse trop le buffer, transformant mon accord de Sol en un grésillement numérique terrifiant. C'est le signe que l'ordinateur ne suit plus. Il faut alors remonter un peu la valeur, trouver le juste milieu entre réactivité et stabilité.

Mon astuce : Ne pas tout demander au PC

Il y a quelques semaines, j'ai eu une petite révélation. On nous pousse souvent à chercher la 'latence zéro' en utilisant des logiciels ultra-performants, mais ça demande une machine de guerre. J'ai réalisé qu'en utilisant un simulateur d'ampli matériel (une petite pédale ou un multi-effet branché avant l'interface) plutôt qu'un logiciel gourmand sur l'ordinateur, je pouvais me permettre un buffer un peu plus élevé.

Pourquoi faire ça ? Parce que ça redonne de la dynamique au jeu. Quand le processeur du PC n'est pas à genoux pour calculer le son de l'ampli en plus de l'enregistrement, tout semble plus fluide. Le son est plus 'vivant'. C'est un peu comme si on enlevait une couverture posée sur les enceintes. Aujourd'hui, je ne cherche plus le réglage parfait sur mon écran, je cherche juste à ce que mes oreilles soient contentes.

Si vous débutez aussi, ne vous perdez pas dans les chiffres. L'important, c'est de pouvoir lancer votre première prise de son guitare sans avoir l'impression de lutter contre la machine. Une fois que c'est configuré, on oublie les pilotes et on se concentre sur les cordes.

La récompense de l'effort

Maintenant, quand je m'installe dans mon coin le soir après le boulot, j'appuie sur le bouton et ça marche. J'ai enfin réussi à capturer une prise 'propre' de ce fameux riff de Seven Nation Army. Bon, mes doigts s'emmêlent encore un peu sur le changement de corde, et ce n'est pas demain que je ferai trembler le Stade de France, mais au moins, le son sort quand je le décide. Et ça, pour un apprenti guitariste dans sa trentaine, c'est déjà une immense victoire sur la technologie.

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