
Un soir de la semaine dernière, ici à Grenoble, je me suis retrouvé planté devant ma guitare neuve avec exactement la même appréhension qu'un élève de troisième devant un problème de mathématiques insolvable. Mes doigts, d'habitude plutôt agiles pour bricoler ou taper sur un clavier, semblaient soudain s'être transformés en appendices étrangers, totalement incapables de se placer correctement sur ce manche étroit. C’est le début de mon petit carnet de bord, sans prétention aucune, juste pour garder une trace de ce chantier qu'est l'apprentissage de la musique à trente ans passés.
Avant d'aller plus loin, une petite précision : vous trouverez quelques liens vers le matériel que j'utilise dans ces lignes. Si vous cliquez dessus et achetez quelque chose, je touche une petite commission sans que cela ne change votre prix. C'est une façon de soutenir mes soirées de gratouille, mais sachez que je ne parle que des outils que j'ai réellement installés dans mon coin enregistrement et que j'utilise chaque soir.
L'installation du « studio » de fortune
Pour commencer, il a fallu sortir le matériel du carton. Mon installation est on ne peut plus basique : une guitare électrique (une de ces formes classiques, avec ses 6 cordes bien tendues qui n'attendent que d'être martyrisées), une interface audio branchée sur mon vieil ordi, et un casque. Je ne suis pas ingénieur du son, alors j'ai suivi les réglages de base. J'ai réglé le taux d'échantillonnage sur 44.1 kHz, parce que c'est ce qu'on m'a dit d'utiliser pour que le son soit correct sans faire exploser la mémoire de ma machine.
Le premier défi a été l'accordage. J'ai téléchargé une application et j'ai découvert que la fréquence de référence pour accorder mon « La » était de 440 Hz. Tourner ces petites clés en métal m'a donné des sueurs froides — j'avais cette peur irrationnelle qu'une corde me pète au visage au moindre millimètre de trop. Une fois que tout était vert sur l'écran, je me suis senti comme un pro, alors que je n'avais pas encore produit la moindre note.

La réalité physique : quand les doigts disent non
C'est là que la lune de miel s'est arrêtée net. Après trois jours de lutte, j'ai réalisé que la guitare est d'abord une épreuve d'endurance pour la peau. J'ai cette sensation de brûlure précise sur l'index dès que je tente de faire glisser mon doigt sur la corde de Sol. On ne nous prévient pas assez : les cordes en acier, c'est du fil à couper le beurre pour les mains qui n'ont pas encore de corne.
Au bout d'une heure de pratique intensive, il y a cette odeur métallique persistante du nickel des cordes qui reste collée à la pulpe de mes doigts. C’est une odeur de garage, de bricolage, qui me rappelle que je suis en train de forger quelque chose, même si pour l'instant, ça ressemble plus à une séance de torture qu'à un concert au Stade des Alpes. Je me demande d'ailleurs si Angus Young a aussi eu l'impression d'avoir des saucisses à la place des doigts lors de sa toute première semaine. Probablement pas, lui il devait être né avec un médiator entre les dents.
Un point qui m'a surpris, c'est l'importance de ce qu'on appelle l'action de la guitare — en gros, la hauteur des cordes. Sur la mienne, elles me semblent à des kilomètres du manche, ce qui m'oblige à appuyer comme un sourd pour sortir un son qui ne grésille pas. Chaque accord raté est un concert de bruits étouffés, de « ploc » et de vibrations désagréables qui me font dire que le chemin sera long.
L'erreur de débutant (ou le moment de solitude technique)
Hier après-midi, j'ai eu mon premier grand moment de solitude face à mon logiciel d'enregistrement. J'avais tout branché, j'étais prêt à capturer mon premier « morceau » (enfin, une suite de trois notes), mais rien ne sortait. Pas un signal, pas une onde sur l'écran. J'ai passé dix bonnes minutes à m'énerver contre le logiciel, à vérifier les branchements USB, à redémarrer l'ordinateur, pour finalement réaliser que le bouton « Gain » de mon interface audio était au minimum. Un grand classique, j'imagine, mais on se sent vraiment idiot quand on réalise que le problème, c'est juste soi-même.
C’est d’ailleurs là que j’ai compris que je ne voulais pas devenir un expert en production. Je veux juste pouvoir enregistrer mes prises brutes, mes erreurs, et voir si, d’une semaine à l’autre, les grésillements diminuent. Pour m'aider à y voir plus clair dans tout ce méli-mélo de câbles, j'ai jeté un œil à la Configuration Home Studio, ce qui m'a permis de comprendre enfin pourquoi mon casque ne fonctionnait pas comme je le voulais au début.

L'angle du travailleur manuel : pourquoi je dois ralentir
Travaillant avec mes mains toute la journée, j'ai vite remarqué que les conseils habituels du genre « pratique deux heures par jour quoi qu'il arrive » sont un aller simple pour l'infirmerie dans mon cas. Mes articulations sont déjà sollicitées par mon métier, et la tension supplémentaire de la guitare a commencé à créer une inflammation un peu trop familière.
J'ai donc pris le parti de faire des sessions ultra-courtes. Vingt minutes, pas plus. C'est frustrant parce qu'on a l'impression de ne pas avancer, mais c'est le seul moyen pour que mes doigts ne se transforment pas en poteaux douloureux le lendemain matin au boulot. Pour ceux qui ont un métier manuel, c'est un point crucial : la guitare ne doit pas bousiller votre capacité à travailler. La corne viendra, mais il ne faut pas forcer sur les tendons.
Le premier riff : la lumière au bout du tunnel
Le tournant de cette semaine a été ma rencontre avec la méthode AC/DC en 7 riffs. Franchement, je n'avais aucune envie de passer par la case solfège ou d'apprendre « Au clair de la lune ». Je voulais du son, du vrai. En suivant le premier riff simplifié, j'ai enfin réussi à aligner trois notes qui ressemblaient à de la musique. Pour la première fois, ce n'était plus une torture de chat, c'était reconnaissable.
C’est un sentiment incroyable de se dire : « Tiens, ça, c’est le début de quelque chose que j’ai entendu mille fois à la radio ». Même si c'est joué à deux à l'heure, même si ma main gauche tremble comme une feuille, le plaisir est là. Ça motive à supporter la douleur du bout des doigts pour la session du lendemain.

En résumé, cette première semaine a été un mélange de frustration physique et de petites victoires technologiques. Je n'ai pas encore de corne, mes enregistrements sont médiocres et mes doigts me détestent encore un peu, mais le virus est là. Si vous débutez aussi et que vous avez l'impression que vos mains sont trop vieilles ou trop maladroites, rassurez-vous : on est au moins deux dans ce cas. L'important, c'est de garder ce petit coin à soi, sans pression, et de savourer chaque note qui ne grésille pas. Si vous cherchez un moyen de démarrer sans vous prendre la tête avec la théorie, je vous conseille vraiment de jeter un œil à AC/DC en 7 riffs, c'est ce qui m'a sauvé du découragement cette semaine.