
Un son de guitare qu'on entend en jouant dans sa pièce n'a presque rien à voir avec ce que capte un micro une fois que tout ça passe par l'interface, et c'est précisément le premier piège pour qui débute l'enregistrement maison. On imagine qu'un bon son de guitare doit s'entendre tout de suite, dès la toute première prise, comme si le riff sortait déjà fini des enceintes. Dans mon coin home studio, ici à Grenoble, j'ai mis un temps fou à comprendre que cette idée précise est ce qui décourage le plus vite les débutants.
Julien, un copain croisé lors d'une soirée d'initiation à la guitare, a bien failli tout arrêter pour cette raison-là. Il se décourage vite dès qu'il sent que ça n'avance pas, et une mauvaise prise suffit largement à lui donner ce sentiment. Un soir, il m'a fait écouter ce qu'il venait d'enregistrer : un son plat, sans relief, qui ne ressemblait à rien de ce qu'il jouait pourtant plutôt bien à l'oreille. Le problème n'était pas dans ses doigts. Il était dans la manière dont le son avait été capté.
Le mythe du son déjà fini en enregistrement maison
J'avais déjà raconté comment j'ai fini par aménager mon coin home studio dans un petit appartement grenoblois, un coin de chambre du côté de Championnet, pas un vrai studio, avec la guitare calée contre le mur et l'interface posée juste à côté de l'ordinateur portable. Cette installation en place, j'ai cru, comme à peu près tout le monde qui débute, qu'il fallait en sortir un son déjà abouti. C'est ce qui m'a fait perdre le plus de temps, et de loin.
Le voyant rouge ne pardonne pas
Sur une interface audio, un témoin qui vire au rouge ou une jauge saturée veut dire une seule chose : le son qui entre est trop fort et va se déformer à l'enregistrement, ce n'est pas la preuve qu'on joue plus fort ou mieux. Pendant longtemps j'ai cru l'inverse, persuadé que plus la petite lumière clignotait souvent, plus le son serait costaud. En réalité, ce que j'étais en train d'abîmer, c'était la numérisation même de ce que je jouais. La seule chose qui marche, c'est de baisser le gain en entrée et de reprendre la prise, jamais de pousser plus fort en espérant que ça passe.
Je ne vais pas revenir ici sur comment choisir sa première interface audio pour débutant à la maison, j'en avais déjà parlé ailleurs, mais même le modèle le plus modeste suffit largement, du moment qu'on sait lire ce voyant correctement.

Changer ses cordes avant d'incriminer son matériel
Le deuxième truc que j'ai mis du temps à piger, c'est que le matériel est presque rarement le vrai coupable. Des cordes qui ont accumulé plusieurs mois de jeu régulier perdent leur brillance et leur tenue de note, et ça s'entend tout de suite à l'enregistrement, le son devient mat, comme étouffé. Changer ses cordes reste la façon la moins chère et la plus rapide d'améliorer un son de guitare terne, bien avant de songer à racheter une interface ou un logiciel plus cher. Occupé à chercher la panne du côté des réglages, j'ai mis un temps fou à regarder du côté du manche.
Faut-il viser un son de guitare déjà fini ?
C'est la question que tout le monde se pose, et la réponse qui m'a le plus surpris, c'est non. Sur les forums où les puristes s'écharpent, on répète qu'il faut sortir un son déjà abouti dès l'entrée, chaud, rond, avec plein d'effets dessus. Sauf qu'en s'enregistrant seul, à la maison, avec les moyens du bord, viser ce genre de son fini empêche presque toujours de corriger le tir plus tard. Un son trop travaillé, avec trop d'effets figés dessus, et il n'y a plus rien à changer le jour où on se rend compte que ça sonne mal une fois réécouté au calme, sur d'autres enceintes.
Ce que je cherche maintenant, c'est un son plutôt neutre, presque sec, pas franchement flatteur sur le moment mais beaucoup plus facile à corriger ensuite, un peu comme quand on assaisonne un plat à la fin plutôt qu'au début, histoire de garder la main dessus. Brancher la guitare toute nue dans l'interface donne un son fin et un peu criard, parce qu'il manque l'étape du haut-parleur. Les simulateurs de baffle règlent ce problème sans matériel en plus : ce sont des petits fichiers, souvent gratuits, qui reproduisent le grain d'un vrai ampli capté au micro, et ça suffit à transformer un son criard en quelque chose de chaud et de crédible. Le but n'est pas d'avoir un son fini, c'est d'avoir un son correct, propre, qu'on peut encore travailler.

Le micro du téléphone ne sauve rien
Charlotte, une lectrice qui commente régulièrement ici, m'a un jour posé la question la plus juste qu'on m'ait posée sur le sujet : ce que j'avais essayé, concrètement, avant de trouver ce qui marchait vraiment. La réponse honnête, c'est que j'ai commencé comme beaucoup de monde, en posant mon téléphone sur la table à côté de moi et en enregistrant avec son micro intégré, en me disant que ça suffirait pour se faire une idée. Le son que ça donne est plat, lointain, avec tous les bruits de la pièce mélangés à la guitare. Ce n'est pas la faute du téléphone en tant que tel, un micro posé au hasard sur une table n'est simplement pas fait pour capter un instrument à quelques centimètres. Une interface, même modeste, change complètement la donne, parce qu'elle branche la guitare directement dans le circuit sans passer par l'air de la pièce.
Elle me demande souvent d'autres trucs à côté du sujet : si les doigts qui tirent au début finissent par passer (oui, mais ce n'est pas vraiment mon rayon ici), si je préfère des sessions courtes et régulières à une seule longue séance isolée (plutôt oui, ça tient mieux dans la durée), ou si je suis passé par les accords ouverts habituels avant de m'attaquer à un riff entier (comme à peu près tout le monde, oui).

Et si le but n'était pas la perfection ?
Ces jours-ci, je continue de bosser mes prises dans mon coin de chambre, plutôt sur des riffs entiers que sur des exercices isolés, c'est en apprenant les riffs de AC/DC pour débutant sans solfège que la différence s'est le plus sentie, bien plus qu'en accumulant les gammes. Il y a un souvenir très précis qui me revient : le jour où j'ai réécouté une prise et où, malgré le bruit de fond et les fausses notes, j'ai enfin entendu un passage qui ressemblait vraiment à l'original, pas propre, pas net, mais bien identifiable, comme si le morceau que je visais depuis le début s'était enfin montré sous le grattage.
La règle que je retiens, et que je répète à qui veut l'entendre, tient en une phrase : ne cherchez pas un son de guitare déjà fini en enregistrement amateur. Cherchez un son correct, propre, sans clipping, avec des cordes qui sonnent encore et un minimum de chaleur, et laissez-vous la place pour corriger le reste plus tard. C'est exactement ce qui fait la différence entre une prise qu'on n'ose pas partager et une prise qu'on envoie sans avoir à s'excuser.